Paris, le 05 février 2026 –
Temps de lecture estimé : 6 minutes
Pour Pandora, l’année 2025 s’est achevée sur un paradoxe familier à l’industrie du luxe accessible : une croissance encore positive, mais insuffisante pour masquer l’érosion progressive des moteurs historiques.
Face à un quatrième trimestre marqué par un net ralentissement des ventes de fin d’année, le joaillier danois engage en 2026 une inflexion stratégique notable, symbolisée par son entrée sur le segment des bijoux plaqués platine.
Le groupe a annoncé un chiffre d’affaires trimestriel de 11,86 milliards de couronnes danoises (environ 1,87 milliard de dollars) pour la période close au 31 décembre 2025.
La croissance organique atteint 4 %, portée principalement par l’expansion du réseau, tandis que les ventes à périmètre comparable sont restées stables.
Le bénéfice net recule légèrement de 0,7 %, à  2,85 milliards de couronnes, confirmant un essoufflement de la dynamique commerciale durant la période clé des fêtes.
Une fin d’année révélatrice des fragilités du modèle
Pandora reconnaît que les performances du trimestre sont inférieures aux attentes, en raison d’un ralentissement prononcé des échanges en novembre et décembre.
L’Amérique du Nord, marché historiquement structurant, a été particulièrement touchée : la croissance comparable n’y atteint que 2 %, pénalisée par une baisse de la fréquentation en magasin, reflet d’un moral des consommateurs dégradé.
En Europe et au Moyen-Orient, les ventes reculent globalement de 1 %, une moyenne qui masque de fortes disparités. L’Espagne, la Pologne et le Portugal continuent de progresser, tandis que les grands marchés matures – France, Allemagne, Italie et Royaume-Uni – restent durablement sous pression.
L’Amérique latine enregistre un repli de 7 %, alors que la région Asie-Pacifique progresse modestement de 2 %.
La Chine demeure un chantier stratégique. Pandora y poursuit une rationalisation active de son réseau, avec la fermeture nette de 95 boutiques concept sur l’année.
À l’inverse, le Japon apparaît comme un relais de croissance émergent : les ventes y ont plus que doublé en 2025, même si la direction souligne que les volumes absolus restent encore limités.
2025 : croissance confirmée, ambitions revues
Sur l’ensemble de l’exercice, Pandora a réalisé 32,55 milliards de couronnes danoises de chiffre d’affaires (environ 5,15 milliards de dollars), en hausse de 6 %, conformément aux indications communiquées en janvier mais en deçà de l’objectif initial de 7 à 8 %.
Pour Berta de Pablos-Barbier, nommée directrice générale au 1er janvier, le diagnostic est clair :
« Nous avons enregistré une croissance organique de 6 % en 2025 et, malgré un contexte macroéconomique difficile, cette croissance est restée inférieure à nos attentes. »
La nouvelle dirigeante a fixé trois priorités structurantes : renforcer l’attractivité de la marque, réduire l’exposition aux matières premières et faire évoluer le modèle de croissance vers une rentabilité plus résiliente.
Pour 2026, Pandora anticipe une croissance organique comprise entre -1 % et +2 %, assortie d’une marge EBIT de 21 à 22 % — une guidance prudente, reflet d’un environnement toujours incertain.
Le platine, réponse stratégique à la volatilité des métaux
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’annonce la plus structurante du groupe : l’entrée sur le marché des bijoux plaqués platine.
Cette décision vise à atténuer la dépendance historique de Pandora à l’argent, dont la flambée des prix – tout comme celle de l’or, qui a franchi des niveaux records début 2026 – a pesé sur les marges.
Le platine présente un double avantage stratégique.
D’un point de vue industriel, il ne ternit pas, contrairement à l’argent, réduisant les contraintes d’entretien pour le consommateur.
D’un point de vue économique, il permet à Pandora de diversifier son exposition aux matières premières dans un contexte de forte volatilité des coûts.
« Grâce à cette innovation, nous pouvons faire face aux nouvelles réalités du coût des matières premières tout en offrant aux consommateurs des bijoux en métaux précieux particulièrement adaptés à un usage quotidien », explique Pablos-Barbier.
Les premiers produits — une sélection de bracelets parmi les meilleures ventes — seront lancés dès le premier trimestre dans 30 boutiques pilotes et sur le site e-commerce de la marque en Europe du Nord.
Une seconde phase, plus large, incluant notamment des charms, est prévue au second semestre à l’échelle internationale.
Une organisation produit renforcée
En parallèle, Pandora a annoncé la nomination de Philippa Newman au poste de directrice des produits à compter du 9 mars.
Forte de plus de 25 ans d’expérience, notamment chez Michael Kors, Tory Burch, Alexander McQueen et Donna Karan, elle incarne une volonté claire : renforcer la dimension mode et désirable de l’offre, sans rompre avec l’accessibilité qui fait l’ADN de Pandora.
Cette évolution intervient alors que la catégorie « Fuel With More », qui regroupe l’offre de diamants de synthèse, a reculé de 3 % au quatrième trimestre, soulignant la nécessité de renouveler les moteurs de croissance au-delà des charms emblématiques.
Perspectives à surveiller
Le pari du platine dépasse une simple innovation produit.
Il constitue un test stratégique pour Pandora : sa capacité à ajuster son modèle industriel, à maintenir la pertinence de son offre auprès d’une clientèle sensible aux prix, et à protéger ses marges dans un cycle de consommation plus contraint.
Dans un marché mondial de la joaillerie où la polarisation entre luxe patrimonial et mass market s’accentue, Pandora tente de tracer une voie intermédiaire plus sophistiquée, mais toujours accessible.
Le succès – ou non – de cette transition conditionnera largement la crédibilité du groupe à renouer avec une croissance durable au-delà de 2026.
Pour Pandora, le platine constitue une réponse directe à la volatilité des matières premières.
Il permet de réduire la dépendance à l’argent — historiquement central dans l’offre — dont la hausse des prix a pesé sur les marges, tout en proposant des pièces plus durables et adaptées à un usage quotidien.
Crédit photographie : © M&M
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