Paris, le 30 décembre 2025 –
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Lululemon traverse aujourd’hui l’une des séquences les plus sensibles de son histoire récente : son fondateur, Chip Wilson, engage une bataille par procuration pour remodeler le conseil d’administration, alors même que la marque canadienne est en recherche active d’un nouveau CEO après l’annonce du départ de Calvin McDonald.
Wilson, qui détient près de 9 % du capital, a proposé trois nouveaux administrateurs : Marc Maurer (ex-co-CEO d’On Running), Laura Gentile (ancienne CMO d’ESPN et fondatrice d’ESPNW) et Eric Hirshberg (ancien CEO d’Activision Publishing).
Trois profils marqués par la construction de marques mondiales, le marketing d’engagement et la culture produit — là où Wilson considère que Lululemon a progressivement perdu son ancrage.
Un fondateur qui veut réorienter le centre de gravité stratégique
Depuis plusieurs mois, Wilson critique une gouvernance qu’il juge trop éloignée du terrain produit et de l’innovation.
Ses prises de position interviennent dans un contexte de ralentissement des ventes aux États-Unis, de pression accrue de concurrents comme Alo Yoga et Vuori, et d’une contre-performance boursière marquée : plus de -40 % depuis le début de l’année, alors que les marchés globaux progressent.
Son message est clair : le prochain CEO ne pourra réussir sans un board réaligné sur l’ADN de la marque. Il affirme que la confiance des actionnaires dans la capacité de l’actuel conseil à sélectionner et soutenir le futur dirigeant est érodée.
Le conseil d’administration, lui, temporise.
Il rappelle avoir « longuement dialogué » avec le fondateur et indique qu’il évaluera les candidats selon ses standards de gouvernance, tout en soulignant qu’une évaluation privée avait été proposée — et refusée.
Une marque toujours puissante, mais confrontée à la normalisation de son cycle
Lululemon reste un acteur premium de référence dans l’athleisure, mais la phase d’hyper-croissance semble s’essouffler.
Les États-Unis, marché pivot, montrent des signaux de stagnation, tandis que la concurrence sophistique ses propositions de valeur, en particulier sur la communauté, la culture produit et l’écosystème lifestyle.
La situation attire logiquement les investisseurs activistes.
Elliott Investment Management a pris une position estimée à plus d’un milliard de dollars et soutiendrait la candidature de Jane Nielsen, ex-Ralph Lauren, au poste de CEO.
Wilson, lui, place la barre plus haut : la gouvernance avant l’exécutif.
Une bataille par procuration rare — surtout venant d’un fondateur
Les campagnes activistes menées par un fondateur contre sa propre entreprise sont inhabituelles. Wilson, qui a quitté définitivement le board en 2015, estime que son retrait d’alors — et l’évolution stratégique depuis — ont affaibli la colonne vertébrale produit qui faisait de Lululemon une maison à part dans le sportswear.
Dans le même temps, Wilson continue de renforcer son empreinte dans le secteur : il est notamment engagé dans Amer Sports (Salomon, Arc’teryx), dont l’introduction en bourse a rencontré un solide appétit marché.
Ce positionnement dual — à la fois critique et industriellement engagé — donne une dimension supplémentaire au débat : il ne s’agit pas d’une opposition idéologique, mais d’une vision concurrentielle du marché global du sportswear premium.
Un enjeu central : restaurer la confiance — interne et externe
Trois équilibres sont désormais à surveiller :
- La trajectoire de gouvernance
• recomposition partielle du conseil ou affrontement en assemblée générale ?
• compromis structuré ou polarisation prolongée ? - La crédibilité du prochain CEO
• mandat transformationnel
• sensibilité produit
• capacité à ré-inspirer les actionnaires et les équipes - La capacité de Lululemon à relancer la différenciation
• innovation textile et technique
• désirabilité lifestyle
• exécution retail et communauté
Perspectives à surveiller
- Le marché sanctionnera-t-il davantage l’incertitude de gouvernance ?
- Le board acceptera-t-il une recomposition partielle pour apaiser les tensions ?
- Le futur CEO incarnera-t-il un leadership très produit — ou un profil plus financier ?
- Comment Lululemon réactivera-t-elle sa dynamique aux États-Unis ?
Derrière la bataille institutionnelle, la question est simple : Lululemon doit-elle redevenir avant tout une entreprise de produit — ou rester une marque lifestyle globale en pilotage de portefeuille ?
La réponse structurera la prochaine décennie de la maison.
Chip Wilson, fondateur et deuxième actionnaire de Lululemon (environ 9 % du capital), a lancé une bataille par procuration afin de proposer trois nouveaux administrateurs au conseil d’administration, qu’il juge insuffisamment ancré dans la culture produit et l’innovation.
Crédit photographie/graphique : © Lululemon
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