Paris, le 08 juillet 2025 –
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Alors que les marchés traditionnels du travel retail affichent une croissance ralentie, l’Inde s’impose progressivement comme le prochain relais stratégique de développement pour les marques internationales.
Porté par des dynamiques démographiques et économiques convergentes, le pays déploie un modèle inédit de retail aéroportuaire — à la fois ambitieux, ancré localement, et résolument tourné vers l’innovation.
Une infrastructure en plein basculement
Entre 2014 et 2025, le nombre d’aéroports indiens est passé de 74 à 159. Et ce n’est qu’un début.
Le gouvernement vise entre 350 et 400 plateformes d’ici 2047, soutenu par un programme d’investissement de près de 11 milliards de dollars.
À l’horizon 2030, le pays prévoit d’accueillir 745 millions de passagers, se positionnant comme le troisième marché aérien mondial, derrière les États-Unis et la Chine.
Cette trajectoire s’accompagne d’un remodelage complet des hubs existants.
L’aéroport de Bangalore, par exemple, investit près de 2 milliards de dollars dans un second terminal pensé comme une vitrine du soft power indien.
À Delhi ou Mumbai, les opérateurs redessinent les zones commerciales comme de véritables galeries marchandes premium. Et avec la privatisation partielle de plusieurs plateformes (dont Amritsar, Bhubaneswar ou Navi Mumbai), de nouveaux acteurs privés accélèrent la professionnalisation des modèles économiques.
Une croissance à deux vitesses : prudente ou exponentielle
Selon l’étude publiée par le cabinet Kearney, le marché indien du travel retail — encore modeste avec ses 600 millions de dollars — pourrait atteindre 1,8 milliard d’ici 2030 dans un scénario optimiste, soit une croissance annuelle composée de 19,1 %.
Même dans l’hypothèse prudente, le taux resterait supérieur à 7,3 %, bien au-dessus des niveaux projetés pour la Chine (3,4 %) ou les Émirats arabes unis (3 %).
L’enjeu dépasse les seuls chiffres. Il s’agit d’un réalignement stratégique : alors que la Chine amorce un cycle de stabilisation, l’Inde suit un schéma comparable à celui de Pékin il y a quinze ans — mais avec une intensité et une ouverture réglementaire accrues.
Les aéroports, nouveaux flagships du luxe
À Delhi et Mumbai, le travel retail représente désormais plus de 60 % des revenus totaux des aéroports — un ratio supérieur à celui observé à Paris CDG, Londres Heathrow ou même Dubaï. Cette transformation est tirée par des modèles intégrés comme Delhi Duty Free Services (GMR + Aer Rianta) ou Ospree Duty Free (Adani + Flemingo), qui articulent retail premium, design immersif, merchandising localisé et services digitaux.
La stratégie de « premiumisation » est visible : vitrines Dior ou Jo Malone à Delhi, “Terminal in a Garden” à Bangalore, concept store « Bharat Story » dédié au luxe artisanal à Mumbai… Les marques internationales testent ici de nouveaux formats expérientiels en lien avec les valeurs locales.
Une sociologie du voyage singulière
L’étude souligne des comportements d’achat spécifiques :
Forte proportion de voyageurs en groupe (familles, amis)
Achats post-arrivée plus fréquents que les achats au départ
Panier moyen élevé sur certaines catégories comme les vins et spiritueux, notamment chez les jeunes voyageurs
Rôle important du cadeau, fortement valorisé dans la culture locale
Ces codes exigent des marques une adaptation fine — produit, storytelling, pricing, services — sous peine de marginalisation.
Le rail en embuscade
Avec plus de 19 millions de passagers ferroviaires quotidiens, le train reste le mode de transport dominant en Inde.
Des initiatives émergent pour étendre le travel retail aux gares, notamment dans les régions à fort trafic religieux.
Loin d’être anecdotique, ce canal pourrait devenir une extension naturelle du duty-paid, à mi-chemin entre convenience et premiumisation locale.
Une phase de test grandeur nature pour les acteurs globaux
Des groupes comme Avolta (Suisse) ou Gebr. Heinemann (Allemagne) investissent via des joint-ventures locales, explorant un marché encore jeune mais hautement scalable. « L’Inde se situe là où la Chine était il y a 15 ans », résume Vincent Barbat, associé chez Kearney. « C’est un marché où se structurent aujourd’hui les standards de demain. »
Perspectives à surveiller
Privatisations ciblées d’ici 2026 : nouvelles concessions en discussion
Hausse du taux de conversion dans les zones départs (actuellement 5 %, contre 25 % à Istanbul)
Déploiement ferroviaire du travel retail à grande échelle
Accélération des commandes aériennes (plus de 1 000 avions déjà commandés par IndiGo et Air India)
L’Inde ne se contente plus d’être observée : elle devient le laboratoire actif d’un travel retail post-Covid, centré sur la valeur locale, l’ancrage expérientiel, et une lecture fine des nouveaux consommateurs.
Pour les marques, l’alternative n’est plus d’y aller ou non — mais de savoir comment y aller, et à quelle vitesse.
Parce que l’Inde combine une croissance économique rapide, une explosion du trafic aérien et une classe moyenne en plein essor.
Ces facteurs en font une opportunité majeure pour les acteurs du travel retail.
Crédit photographie : © Wikipédia
Sources étude : Kearney
Crédit graphique : M&M
Opportunité de carrière M&M : Talents
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