Lecture : 6 minutes Pendant près de deux décennies, la géographie de la croissance du luxe semblait écrite d’avance. Les groupes européens regardaient vers la Chine, investissaient dans les grandes métropoles asiatiques et adaptaient leurs organisations à une clientèle devenue le principal catalyseur de la croissance mondiale du secteur. Cette équation évolue rapidement. Face au ralentissement prolongé de l’économie chinoise, à la fragilité persistante du marché immobilier local et à une consommation toujours prudente, les grandes maisons réorientent progressivement leurs priorités vers les États-Unis. Le phénomène n’est pas nouveau, mais il prend désormais une ampleur stratégique inédite. Les signaux se multiplient. Les défilés croisière de Dior et Gucci ont récemment choisi les États-Unis comme scène d’expression. Louis Vuitton a présenté sa collection Croisière 2027 à New York. Zegna s’apprête à défiler à Los Angeles. Dans le même temps, les investissements immobiliers, les ouvertures de boutiques et les recrutements commerciaux se concentrent de plus en plus sur le territoire américain. Cette évolution reflète moins un effet de mode qu’une transformation profonde de la création de richesse mondiale. L’essor spectaculaire de l’intelligence artificielle a produit une nouvelle génération de fortunes. Fondateurs de start-up, dirigeants technologiques, investisseurs spécialisés et bénéficiaires de l’envolée des marchés financiers ont vu leur patrimoine progresser à un rythme rarement observé depuis l’émergence d’Internet au tournant des années 2000. Pour les maisons de luxe, cette concentration de richesse constitue une opportunité stratégique majeure. Contrairement aux consommateurs aspirants, plus sensibles…
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