Paris, le 27 mars 2026 - 5 minutes Le luxe ne traverse pas un ralentissement. Il traverse une sélection. Les files d’attente observées devant la boutique de Bond Street à Londres pour découvrir la première collection de Matthieu Blazy chez Chanel ne doivent pas être interprétées comme un simple succès produit. Elles signalent un basculement plus structurel : dans un marché devenu plus exigeant, la croissance ne disparaît pas - elle se concentre. Depuis deux ans, le secteur est traversé par une tension croissante entre inflation des prix et perception de valeur. La hausse spectaculaire des tarifs, notamment sur la maroquinerie, a fragilisé une partie de la clientèle dite aspirationnelle, longtemps moteur du volume. Ce déséquilibre a fait émerger une critique durable - celle d’un luxe devenu trop cher pour ce qu’il offre. La réponse de Chanel ne consiste pas à corriger cette inflation. Elle consiste à la neutraliser. En repositionnant la conversation non plus sur le prix mais sur la désirabilité, la maison opère un déplacement stratégique décisif. Le pricing reste élevé - près de 10 000 euros pour certains modèles - mais il devient secondaire face à la tension créée autour du produit. Autrement dit : le luxe ne devient pas plus accessible, il devient à nouveau désirable. Ce déplacement repose sur une orchestration extrêmement précise. Temporalité d’abord, avec un lancement inscrit dans la Fashion Week parisienne, au cœur du système prescripteur global. Rareté ensuite, via des produits…
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