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À l’heure où la joaillerie affronte une double pression – raréfaction des ressources et exigence accrue de traçabilité – Kering choisit de répondre par la méthode plutôt que par le manifeste.
En relançant la deuxième édition de son Generation Award x Jewelry, le groupe consolide un dispositif pensé comme un laboratoire à ciel ouvert, capable de faire émerger des solutions concrètes à la croisée de la création, de la technologie et de l’impact environnemental.
Le concours, dont les finalistes présenteront leurs projets à Paris en juillet, pendant la Semaine de la Haute Couture, s’inscrit dans une temporalité stratégique.
Ce moment, traditionnellement réservé à l’expression la plus aboutie du savoir-faire joaillier, devient aussi un espace de projection vers l’avenir : celui d’une industrie appelée à repenser ses fondamentaux sans renoncer à la désirabilité.

Une initiative pensée comme un écosystème
Lancé initialement en novembre 2024, le Generation Award x Jewelry repose sur une architecture partenariale structurante.
Il est mené en collaboration avec la Confédération mondiale de la joaillerie et bénéficie de la coordination scientifique de Poli.design, plateforme de recherche appliquée du Politecnico di Milano.
Ce triptyque — groupe industriel, instance sectorielle, monde académique — traduit une ambition claire : dépasser l’expérimentation isolée pour favoriser des solutions transférables à l’échelle du marché.
Le programme est ouvert à deux profils distincts mais complémentaires :
– des étudiant·e·s, issus d’une dizaine d’universités et d’institutions internationales spécialisées en joaillerie et développement durable ;
– des start-ups, invitées à présenter des produits, services ou technologies déjà existants.
Cette double entrée permet à Kering de capter à la fois la radicalité conceptuelle des talents émergents et la maturité opérationnelle de jeunes entreprises déjà confrontées aux contraintes industrielles.
De la contrainte environnementale au levier créatif
Le thème retenu pour cette deuxième édition prolonge celui de la première : « Seconde chance, premier choix ». Derrière cette formule, une ligne directrice claire : considérer les déchets non plus comme une externalité à gérer, mais comme une ressource créative à part entière.
Les projets attendus couvrent un spectre large — matériaux innovants, nouvelles approches du recyclage des métaux et des pierres, packaging responsable, technologies retail, intelligence artificielle appliquée à la chaîne de valeur.
Cette ouverture reflète une lecture systémique de la durabilité, qui ne se limite ni à la matière première ni au produit fini.
« Le succès de la première édition a montré à quel point de nombreux talents émergents souhaitent mener le changement et redéfinir la joaillerie durable », souligne Marie-Claire Daveu, directrice du développement durable et des affaires institutionnelles du groupe. Son propos révèle une inflexion notable : la durabilité n’est plus abordée comme un impératif défensif, mais comme un champ d’innovation à part entière.
Un levier de transformation pour les maisons du groupe
Au-delà du concours, le Generation Award agit comme un outil d’anticipation stratégique pour les maisons joaillières de Kering. Le ou la lauréat·e étudiant·e se verra proposer un stage au sein de Boucheron, Pomellato, Dodo ou Qeelin.
Quant à la start-up gagnante, elle bénéficiera d’un mentorat dédié de Poli.design, conçu pour accélérer son passage à l’échelle.
Ce lien direct avec les maisons traduit une logique d’intégration progressive de l’innovation.
Il ne s’agit pas seulement d’identifier des idées prometteuses, mais de tester leur compatibilité avec les exigences de qualité, de traçabilité et de narration propres à la haute joaillerie.
Un signal envoyé à l’ensemble du secteur
Lors de la première édition, organisée pendant le salon JCK de Las Vegas, le jury avait distingué Lee Min Seo, étudiante à l’université Hongik en Corée du Sud, ainsi que la marque chinoise Ianyan, reconnue pour son travail autour d’opales fracturées et de pierres délaissées.
Ces choix avaient déjà mis en lumière une volonté de valoriser des approches non conventionnelles, éloignées de l’imaginaire extractif traditionnel.
En rééditant l’initiative, Kering envoie un message clair à l’écosystème : la joaillerie durable ne se construira ni dans la marginalité ni dans l’incantation, mais à travers des dispositifs capables de relier création, science et industrie.
Une lecture stratégique
À travers le Generation Award x Jewelry, Kering affine une approche devenue centrale dans le luxe contemporain : capter l’innovation en amont, avant qu’elle ne soit normalisée, tout en l’inscrivant dans un cadre suffisamment structuré pour en garantir la crédibilité.
Dans un secteur où la valeur repose autant sur le temps long que sur la rareté, cette capacité à transformer la contrainte environnementale en avantage stratégique pourrait bien devenir un facteur de différenciation durable.
Principaux enseignements
- Kering relance le Generation Award x Jewelry pour répondre aux défis de durabilité et de traçabilité dans la joaillerie.
- Ce concours favorise des solutions concrètes via un écosystème collaboratif entre étudiants, start-ups et institutions.
- Le thème ‘Seconde chance, premier choix’ incite à voir les déchets comme des ressources créatives.
- Le lauréat étudiant recevra un stage dans une maison de joaillerie, tandis que le gagnant start-up bénéficiera d’un mentorat.
- Kering envoie un message clair : la durabilité s’atteint par l’intégration de l’innovation dans la tradition joaillière.
Porté par Kering, le prix vise à identifier et accélérer des solutions concrètes capables de réduire l’empreinte environnementale de la joaillerie, tout en préservant les standards de création, de qualité et de désirabilité du luxe.



