Paris, le 19 décembre 2025 –
Temps de lecture estimé : 7 minutes
Kering sécurise sa chaîne de valeur joaillière en entrant au capital de Raselli Franco Group
Lorsque Kering annonce une prise de participation de 20 % dans Raselli Franco Group pour 115 millions d’euros, avec une option de rachat total à horizon 2032, le groupe de luxe français ne se contente pas d’un investissement industriel ciblé.
Il envoie un signal stratégique clair : dans un contexte de ralentissement du luxe et de tensions accrues sur les chaînes d’approvisionnement, la maîtrise des capacités de production redevient un levier central de création de valeur.
Cette opération marque la première acquisition réalisée sous la direction de Luca de Meo depuis sa prise de fonctions à la tête du groupe en septembre.
Le choix d’un partenaire industriel — plutôt que d’une maison ou d’un actif de marque — illustre une approche méthodique, centrée sur les fondamentaux opérationnels du luxe contemporain.
Une logique d’intégration verticale assumée
Fondé en 1969, Raselli Franco Group s’est imposé comme un acteur de référence dans le prototypage et la fabrication de joaillerie haut de gamme.
Le groupe italien collabore depuis plusieurs décennies avec Kering, notamment au service de ses maisons joaillières telles que Boucheron, Pomellato, Dodo ou Qeelin.
En entrant à son capital, Kering sécurise un savoir-faire rare à un moment où la joaillerie connaît une dynamique structurellement plus résiliente que d’autres segments du luxe.
Contrairement à la mode, la joaillerie repose sur des cycles plus longs, une valeur patrimoniale élevée et une exigence industrielle extrême, tant en matière de qualité que de délais.
Pour Kering, l’enjeu dépasse la simple continuité de production.
Il s’agit de verrouiller un maillon stratégique de sa chaîne de valeur, dans un secteur où la capacité à innover, prototyper rapidement et garantir une excellence constante constitue un avantage concurrentiel difficilement réplicable.
Un signal managérial fort de Luca de Meo
Le caractère progressif de l’opération — prise de participation minoritaire aujourd’hui, acquisition totale envisagée à moyen terme — reflète une approche prudente mais déterminée.
Elle permet de préserver l’autonomie opérationnelle de Raselli Franco Group, tout en alignant progressivement sa gouvernance et ses priorités industrielles avec celles de Kering.
Dans une note interne citée par Reuters, Luca de Meo évoquait un délai de dix-huit mois pour remettre les marques du groupe sur une trajectoire de croissance durable.
L’investissement dans Raselli Franco Group s’inscrit dans cette feuille de route : renforcer les actifs structurants avant toute accélération commerciale.
Cette stratégie tranche avec une période antérieure marquée par une forte dépendance à Gucci, dont les performances ont pesé sur l’ensemble du groupe.
En consolidant son pôle joaillerie et en sécurisant ses capacités industrielles, Kering cherche à diversifier ses moteurs de croissance et à réduire sa volatilité opérationnelle.
La joaillerie comme pilier stratégique
La joaillerie occupe une place croissante dans les portefeuilles des grands groupes de luxe.
Chez Kering, ce segment bénéficie d’un positionnement clair : maisons à forte identité, montée en gamme progressive et discipline industrielle renforcée.
L’intégration de Raselli Franco Group permet au groupe de mieux maîtriser les délais de mise sur le marché, la qualité des pièces et l’innovation produit.
Elle ouvre également la voie à des synergies accrues entre création, développement et fabrication, dans un secteur où la précision et la confidentialité sont essentielles.
Dans un communiqué, Luca de Meo souligne que cette opération « sécurise des capacités de production essentielles pour notre activité joaillière » et « renforce notre chaîne de valeur ».
Une formulation qui illustre une vision industrielle du luxe, moins orientée vers l’expansion rapide que vers la solidité des fondations.
Une inflexion stratégique lisible pour les investisseurs
Pour les marchés, l’opération peut être lue comme un signal de discipline capitalistique.
Le montant engagé reste mesuré à l’échelle du groupe, tandis que la structure progressive de l’acquisition limite les risques d’intégration.
Surtout, l’investissement répond à une logique de long terme, alignée avec les attentes d’investisseurs de plus en plus attentifs à la résilience des modèles économiques.
En renforçant son intégration verticale dans la joaillerie, Kering se positionne dans la continuité des stratégies observées chez ses pairs, tout en conservant une approche sélective.
L’accent mis sur les capacités industrielles plutôt que sur l’accumulation d’actifs de marque traduit une maturité stratégique accrue.
Perspectives à surveiller
À moyen terme, la montée progressive au capital de Raselli Franco Group constituera un indicateur clé de la capacité de Kering à exécuter sa nouvelle feuille de route.
La manière dont le groupe articulera gouvernance, investissements industriels et développement créatif dans la joaillerie sera scrutée de près, tant par les investisseurs que par l’ensemble de l’écosystème du luxe.
Dans un environnement marqué par une normalisation de la demande et une exigence accrue de rentabilité, Kering semble privilégier une croissance plus maîtrisée, adossée à des actifs tangibles et à un contrôle renforcé de sa chaîne de valeur.
Une stratégie moins spectaculaire, mais potentiellement plus durable.
Synthèse | Regard Meet & Match
L’entrée de Kering au capital de Raselli Franco Group ne relève pas d’un simple mouvement industriel. Elle traduit une évolution plus profonde de la gouvernance du groupe, où la maîtrise des compétences clés redevient un sujet de pilotage stratégique au plus haut niveau.
Du point de vue des talents, l’opération consacre le rôle central des expert·es du prototypage, de l’ingénierie joaillière et de la fabrication de haute précision.
Ces profils, longtemps considérés comme des fonctions de support, deviennent des actifs critiques, au même titre que la création ou le marketing.
Leur rétention, leur transmission et leur intégration culturelle s’imposent désormais comme des enjeux de Comex.
Sur le plan de la gouvernance, le choix d’une prise de participation progressive, avec une trajectoire claire jusqu’en 2032, reflète un leadership orienté exécution et continuité.
Il privilégie la stabilité des équipes, la préservation des savoir-faire et l’alignement des horizons managériaux, plutôt qu’une intégration rapide potentiellement disruptive.
Enfin, cette décision envoie un signal interne fort : la performance dans le luxe ne repose plus uniquement sur la désirabilité des maisons, mais sur la solidité des fondations industrielles qui les soutiennent.
En sécurisant un partenaire clé, Kering affirme une vision du leadership industriel fondée sur le temps long, la discipline opérationnelle et la valorisation des talents invisibles mais décisifs.
Parce que la création de valeur dans la joaillerie repose désormais autant sur la maîtrise industrielle que sur la désirabilité.
En sécurisant un partenaire clé du prototypage et de la fabrication, Kering renforce un actif structurel difficilement duplicable.
Crédit photographie/graphique : © Kering
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