Paris, le 29 janvier 2026 –
Par-delà le sursaut de décembre, l’industrie horlogère suisse entre en 2026 avec une reprise à géométrie variable, portée par l’Occident mais freinée par un ralentissement durable de l’Asie.
En décembre 2025, les exportations horlogères suisses ont renoué avec la croissance, progressant de 3 % à 2,1 milliards de francs suisses.
Une performance modeste en apparence, mais hautement symbolique après une année marquée par la volatilité, les tensions commerciales et une demande mondiale fragmentée.
Derrière ce rebond se dessine une réalité plus complexe : la reprise n’est ni homogène ni structurelle, mais largement dépendante de quelques marchés occidentaux clés – au premier rang desquels les États-Unis et, de manière plus inattendue, la France.
Un duo moteur : États-Unis et France
Les États-Unis ont confirmé leur rôle de principal soutien de l’horlogerie suisse en fin d’année.
Les expéditions vers le marché américain ont bondi de 19,1 % en décembre, bénéficiant directement de la réduction des droits de douane à 15 % après plusieurs mois d’incertitude.
Ce soulagement tarifaire a ravivé les commandes, notamment dans le segment haut de gamme, sans pour autant garantir une trajectoire durable.
La surprise est venue de France.
Les exportations y ont progressé de 50,8 % sur un mois, propulsant le pays au deuxième rang mondial en décembre.
Cette hausse spectaculaire reflète à la fois un effet de base favorable et le rôle croissant de la France comme hub logistique et commercial, alimenté par la solidité du tourisme international, la concentration des flagships et la vigueur des réseaux multimarques haut de gamme.
Pour autant, ce rebond de fin d’exercice n’a pas suffi à inverser la tendance annuelle.
Sur l’ensemble de 2025, les exportations horlogères suisses ont reculé de 1,7 %, à 25,6 milliards de francs suisses – un signal clair d’essoufflement après plusieurs années de croissance soutenue.
Asie : le point de rupture
Le contraste géographique reste marqué. Hong Kong (–8 %) et la Chine continentale (–6,8 %), respectivement troisième et quatrième marchés mondiaux, ont continué de peser sur la performance globale.
Plus inquiétant encore, le marché chinois a perdu plus d’un tiers de sa valeur en deux ans, selon les données sectorielles.
Ce repli dépasse le simple ralentissement cyclique.
Il traduit une réévaluation structurelle de la demande, marquée par une prudence accrue des ménages, un recentrage sur l’épargne et une concurrence renforcée des acteurs locaux.
Dans ce contexte, l’horlogerie suisse – historiquement dépendante des flux asiatiques – se trouve contrainte d’accélérer sa diversification géographique.
Une croissance tirée par la valeur, non par les volumes
Décembre a confirmé une tendance de fond : la premiumisation comme principal moteur de résilience.
Tous les segments de prix ont progressé sur le mois, mais la dynamique a été dominée par les montres dont le prix export dépasse 3 000 francs suisses.
Par matériau, les montres bimétalliques ont enregistré une envolée de 41,2 % en valeur, tandis que l’acier est resté dominant en volume, avec une hausse de 9 %.
Ce contraste entre valeur et volumes est révélateur.
Sur l’année, le nombre total de montres exportées a chuté de 4,8 %, à 14,6 millions d’unités.
L’industrie vend moins de pièces, mais plus chères – une stratégie cohérente avec la montée en gamme, mais qui accentue la pression sur l’amont de la chaîne de valeur.
Une industrie sous tension sociale et industrielle
Pour la Fédération de l’industrie horlogère suisse, le diagnostic est sans ambiguïté. « L’année a été marquée par une forte incertitude et des conditions de marché de plus en plus difficiles », résume Yves Bugmann, son président.
À ces tensions s’ajoutent la flambée du prix de l’or, la vigueur du franc suisse et une politique commerciale américaine imprévisible, autant de facteurs qui compressent les marges.
L’impact est également social.
Une enquête menée en septembre par l’Association suisse des employeurs de l’industrie horlogère fait état d’une baisse de 1,3 % des effectifs, signe que les ajustements ne se limitent plus aux stocks ou aux investissements, mais touchent désormais l’emploi.
Les groupes de luxe en ordre dispersé
Dans ce paysage contrasté, les grands groupes affichent des trajectoires différenciées.
Compagnie Financière Richemont a surpris positivement au troisième trimestre, avec une croissance de 7 % portée par ses manufactures horlogères spécialisées, avant de céder en janvier sa filiale déficitaire Baume & Mercier au joaillier italien Damiani.
De son côté, LVMH Moët Hennessy Louis Vuitton a confirmé la solidité de sa division horlogerie-joaillerie, avec une croissance organique de 8 % en 2025.
Le groupe a profité de la LVMH Watch Week, organisée début janvier à Milan, pour réaffirmer sa stratégie mêlant innovation technique, héritage et montée en désirabilité de ses maisons horlogères.
2026 : stabilité sous conditions
À l’horizon 2026, les perspectives restent prudentes. « Au mieux, la situation devrait rester stable », estime Bugmann, soulignant que la confiance des consommateurs demeure fragile dans un contexte géopolitique incertain.
Le rebond américain pourrait s’essouffler si les tensions commerciales réapparaissent, tandis que le marché chinois ne devrait pas se redresser rapidement.
L’attention se tourne désormais vers les grands rendez-vous sectoriels, au premier rang desquels Watches and Wonders, prévu du 14 au 20 avril à Genève.
Plus qu’une vitrine de nouveautés, le salon fera figure de baromètre stratégique : capacité des marques à maintenir la valeur, à séduire de nouveaux publics occidentaux et à naviguer dans un monde où la croissance n’est plus acquise.
Perspectives à surveiller
La pérennité du soutien américain après l’effet de rattrapage tarifaire.
La réallocation géographique des investissements commerciaux hors de Chine.
La capacité de l’industrie à préserver ses savoir-faire tout en ajustant ses volumes.
L’horlogerie suisse entre dans une phase plus mature : moins expansive, plus sélective, et contrainte de réinventer ses équilibres entre désir, valeur et discipline industrielle.
Le rebond de +3 % s’explique principalement par la reprise des livraisons vers les États-Unis après l’allègement des droits de douane, et par une hausse exceptionnelle en France (+50,8 %), liée à un effet de base favorable et au rôle de hub commercial et touristique du pays.
Crédit photographie : © Swatch Group
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