Article réalisé en partenariat avec The Off Estimated reading time: 7 minutes À première vue, la trajectoire d’EssilorLuxottica semble illustrer un paradoxe classique des groupes industriels en phase de transformation : plus l’innovation devient visible, plus la discipline financière est interrogée. Le cas des lunettes intelligentes, et en particulier du partenariat avec Meta autour des Ray-Ban Meta, cristallise aujourd’hui cette tension. D’un côté, une dynamique de croissance réelle, tangible, qui contribue déjà à l’accélération du chiffre d’affaires. De l’autre, une dilution des marges qui alimente un doute plus profond : celui de la capacité du groupe à rester fidèle à son modèle économique historique tout en entrant dans une nouvelle catégorie dominée par les logiques technologiques. Ce doute ne relève pas d’un simple arbitrage conjoncturel. Il traduit une mutation structurelle du terrain concurrentiel. Pendant des décennies, EssilorLuxottica a construit un modèle quasi unique fondé sur l’intégration verticale : design, production de verres, distribution, retail, marques. Cette architecture lui a permis de capturer une part significative de la valeur à chaque étape de la chaîne. Les lunettes intelligentes viennent perturber cet équilibre. Elles introduisent des couches supplémentaires - software, intelligence artificielle, connectivité - qui échappent en partie à ce modèle intégré et redistribuent la création de valeur au profit d’acteurs historiquement extérieurs à l’optique. C’est précisément dans cet espace que se positionnent aujourd’hui Alphabet et Apple. Leur entrée attendue sur le marché des lunettes intelligentes ne constitue pas seulement une intensification de la concurrence ; elle redéfinit la…
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