Paris, le 16 février 2026 - Temps de lecture estimé: 6 minutes La disparition de Christian Astuguevieille, décédé à Paris à 79 ans, referme un chapitre décisif de la parfumerie contemporaine - celui où le parfum a cessé d’être uniquement un objet de séduction pour devenir un territoire d’expérimentation artistique. Pendant plus de trois décennies, en étroite collaboration avec Rei Kawakubo, il a façonné l’univers olfactif de **Comme des Garçons>, transformant une maison déjà radicale en laboratoire sensoriel mondialement reconnu. Loin des logiques de marché dominantes, son œuvre s’est construite autour d’une conviction simple : le parfum pouvait déranger, questionner, voire déstabiliser — et c’est précisément là que résidait son pouvoir. I. L’anti-parfum comme manifeste Lorsque Comme des Garçons lance son premier parfum en 1994, l’industrie vit encore sous l’influence de grands jus opulents et consensuels. Astuguevieille introduit alors une idée presque paradoxale : créer des parfums qui ne cherchent pas à plaire immédiatement. Le concept d’« anti-parfum », revendiqué par Rei Kawakubo, devient rapidement une signature. Les compositions privilégient : des matières abstraites ou industrielles, des accords secs, métalliques ou minéraux, une tension volontaire entre familiarité et étrangeté. Cette approche s’incarne notamment dans la série Odeur, dont certaines créations évoquent plus une sensation - propreté chimique, air urbain, texture plastique - qu’une pyramide olfactive classique. À rebours d’une industrie guidée par la désirabilité immédiate, Astuguevieille propose un parfum intellectuel, presque conceptuel. Une rupture qui a marqué durablement la parfumerie niche des décennies…
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