Temps de lecture estimé : 6 minutes Pendant plus d’une décennie, le luxe européen a bénéficié d’un privilège rare sur les marchés mondiaux : celui d’être considéré non seulement comme une industrie culturelle, mais comme une mécanique de croissance quasi technologique. À Paris, Milan ou Genève, les grandes maisons ont progressivement été valorisées comme des plateformes mondiales capables d’absorber les crises, de transférer l’inflation aux consommateurs et de transformer le désir en actif financier récurrent. Le secteur était devenu, selon l’expression de nombreux investisseurs, “l’équivalent européen du Big Tech américain” : des marges exceptionnelles, une croissance organique structurelle, une puissance mondiale de marque et une clientèle supposément insensible aux cycles. La note publiée par Berenberg ne remet pas simplement en question les perspectives 2026 du secteur. Elle remet en question ce récit lui-même. Lorsque les analystes dirigés par Nick Anderson évoquent une contraction potentielle de 25 % à 35 % des multiples de valorisation du luxe européen par rapport aux moyennes observées sur les neuf dernières années, ils ne parlent pas uniquement d’un ralentissement temporaire. Ils décrivent la possibilité d’un basculement plus profond : celui d’une industrie qui sortirait progressivement de son statut de croissance structurelle pour redevenir un secteur cyclique haut de gamme. La nuance est fondamentale. Pendant des années, les investisseurs ont accepté de payer des valorisations historiquement élevées pour LVMH, Keringou Richemont parce que la croissance semblait presque mécanique. Chaque ralentissement chinois apparaissait temporaire. Chaque changement créatif était interprété comme le prélude à un nouveau…
Éditorial réservé aux membres
Cet éditorial est accessible uniquement aux utilisateurs disposant d’un compte.
Créez votre compte gratuitement ou connectez-vous pour poursuivre votre lecture.